La paradoxe du hérisson

La paradoxe du hérisson

Ça me fait un peu bizarre d’écrire tout ça ici, mais d’un autre côté ça me fait du bien. La vérité est la suivante: je suis une contradiction humaine. Depuis toujours, j’ai une petite voix au fond de moi qui hurle en permanence, qui a faim d’amour et de tendresse, qui rêve de savoir ce que ça fait d’être la priorité de quelqu’un. Mais de l’autre côté, il y a un mur de glace et une peur panique qui me retourne le ventre et qui me coupe la respiration dès que quelqu’un s’approche un peu trop près, comme si j’avais un détecteur de proximité qui déclenche une alarme quand le danger de l’attachement fait son apparition.

Le vrai problème c’est surtout que je ne sais pas comment faire, on m’a jamais donné le mode d’emploi de l’amour. Les gestes tendres, les câlins qui soignent, les mains dans les cheveux sans rien attendre en retour, tout ça c’est comme une langue étrangère que tout le monde autour de moi semble parler couramment, sauf moi. Je regarde les autres interagir et j’ai l’impression d’être une extraterrestre qui observe une autre espèces sans comprendre. Ma seule expérience marquante, c’était une relation à distance. 6 ans d’écran, des mots écrits sur un clavier, des appels, une rencontre mais pas de corps, pas de peau, pas de vraie chaleur. C’était “safe” parce que c’était loin, parce que je pouvais contrôler mon image, parce qu’il n’y avait pas de risque de se toucher pour de vrai. Mais au final ça n’a fait que confirmer cette idée de merde que j’avais dans la tête: si personne ne me touche jamais physiquement, c’est sûrement que je suis intouchable, ou pire que je suis défectueuse et que je ne le mérite pas.

Du coup, j’ai tendance à me créé un monde parallèle. Je regarde beaucoup trop de films et de séries romantiques, j’enchaîne les épisodes comme une drogue. Je peux passer des journées et des nuits entières, les yeux mouillés devant mon ordinateur à regarder les gens s’aimer. Dans ma tête, je me crée des scénarios hyper détaillés, j’imagine une vie que je n’aurai probablement jamais. J’idéalise tout, je rêve d’une relation parfaite, pure, qui n’existe probablement pas. C’est mon refuge secret, mon petit cocon de réconfort, mais aussi mon poison quotidien. Je suis devenue une amoureuse de l’amour, une passionnée de la passion, mais la pire des froussardes dès qu’il s’agit de vrais sentiments. J’adore l’idée d’être aimée, mais dès que la réalité frappe à ma porte j’ai juste envie de disparaître sous ma couette pour ne plus jamais en ressortir.

C’est devenu un réflexe, un mécanisme de survie automatique. Dès que je sens que je commence à plaire à quelqu’un, je me braque instantanément. Je deviens froide, je sors des blagues nulles ou je me cache derrière le sarcasme pour casser l’ambiance, je trouve des excuses bidons pour m’enfuir. Je me regarde dans le miroir et tout ce que je vois c’est une moins que rien qui n’a rien à offrir. Alors quand quelqu’un me regarde avec un soupçon de douceur ou d’intérêt je me dis tout de suite que c’est une erreur et qu’il ne voit pas le désastre à l’intérieur. Je suis une arnaque ambulante, je me dis que s’il s’approche vraiment et qu’il franchit ma barrière, il va voir que je suis vide, maladroite, que je ne sais pas donner d’affection et il va partir en courant. Donc pour m’épargner des souffrances inutiles, je préfère tout saboter en premier. Je pense que je préfère être seule et triste que choisie puis abandonnée.

La proximité me terrifie parce qu’elle demande de se débarasser de son armure, d’être vunérable et pour moi être vulnérable c’est être en danger. Enfin, en danger émotionnel. J’ai grandi dans un désert affectif sans aucun repères de douceur qui construisent la confiance en soi alors aujourd’hui j’ai tendance à comparer la tendresse à un piège. Je reste coincée dans mon propre piège avec une envie incontrôlable de chialer quand je vois un couple s’enlacer dans la rue, tout en sachant que si c’était moi à leur place je serais pétrifiée et incapable faire la même chose.

Je me demande souvent si ça se répare un coeur qui a oublié comment s’ouvrir. Je sais pas si on peut apprendre à croire qu’on mérite l’amour quand on s’est toujours sentie transparente, comme une âme qui passe sans jamais laisser de trace. Au final, je suis peut-être pas une moins que rien, mais juste une personne qui s’est privée toute seule de soleil pendant trop d’années et qui a maintenant peur que la moindre lumière lui brûle les rétines. C’est un peu douloureux d’avoir besoin de ce qui nous fait le plus peur.

Peut-être qu’un jour, à force d’écrire je vais finir par apprendre à laisser les gens s’approcher pour de vrai, centimètre par centimètre sans faire marche arrière. En attendant je vide mon sac ici parce que c’est le seul moyen que j’ai trouvé pour pas exploser de solitude au milieu de toute cette foule qui semble s’aimer si facilement.